Eugène Mona

monaBIOGRAPHIE

Eugène Mona, de son vrai nom Georges Nilecam est un chanteur et flûtiste martiniquais, né le  au Vauclin (Martinique) et mort le  à Morne Calebasse, un quartier de Fort-de-France(Martinique).

Artiste phare de la musique antillaise, l'auteur-compositeur a reçu l'éloge d'écrivains comme Patrick Chamoiseauet Raphaël Confiant pour ses chants qui renferment un puissant contenu littéraire créole.

Surnommé « le Nègre debout » ou « poto mitan », le chanteur flûtiste se disait artiste créole, revendiquant les héritages africain et européen, bien sûr, mais aussi indien en introduisant notamment des sonorités tamoules dans ses rythmes détonnants.

Fils de musicien, il grandit dans cet univers et se fit remarquer en remportant un concours de chant créole à l'âge de 15 ans. Il fit quelques apparitions au cinéma, tantôt en tant que comédien (dans Rue Cases-Nègres d’Euzhan Palcy), tantôt en tant que compositeur. À l'âge de 48 ans, il succombe d'une congestion cérébraleà la suite d'une altercation avec un voisin.


l y a des hommes que la mort grandit et d’autres qui disparaissent dans cette néantisation de l’être sans laisser la moindre  trace, partant comme ils sont venus, nus. Eugène Mona  fait partie de ces hommes ayant laissé une empreinte dans le sol, un regard sur leur monde et une marque sur leur terre. Son patronyme fut Eugène Nilecam, né d’un père lui-même musicien (accordéoniste), c’est donc tout naturellement qu’il se destina vers la musique et  à l’âge de 15 ans un concours de chanson créole le révéla au public. L’homme devint un artiste reconnu, un être inattendu, une personnalité d’une grande complexité, porteur d’un message politique simple: combattre les exploitants, revenir à sa terre et se nourrir d’elle. Une hérésie à l’époque, car en Martinique une certaine modernité primait, l’homme fera un choix de vie inverse, allant et venant nu-pieds, refusant les contraintes et conventions sociétales  ou les commodités apportées le par le modernisme - ce qu’il confirma dans Bwa Brilé  qu’il n’est pas fait pour le luxe, ni pour le calice.  Il n’était pas homme d’agenouillement ni de prosternation, conscient de son rejet d’une certaine société, qui l’aliénait et l’enfermait. Il en va de même pour sa musique, qui s’inscrit dans le registre politique, celui des chansons engagées, décrivant les travers de sa société, mais sachant qu’il était et où il allait et ce qu’il combattait: les exploitants d’hier devenus les "pwofitès" (profiteurs) d’aujourd’hui. Il introduisit la flûte des mornes dans ses compositions, sans doute fut-il l’un des virtuoses cet instrument, de même que le tambour bélè. On eut pu croire que sa musique s’inscrivait dans la tradition, il n’en ait rien, il a su imprimer ses propres battements et ses propres pulsations à ce qu’il jouait. Il explora les rythmes martiniquais, la mazurka, le bélè, la biguine, il en fit des cantiques, des bardits, des litanies, pour certaines de ses compositions, nous sommes à en chercher le sens et comprendre les mots. L’homme fut un être complexe,  le champion du contre-pied, tant dans sa vie, qu’au niveau de sa musique. Etait-il fou? Certains le disaient, lui-même le chantait dans Tant pis pour moi: moi après tout  je ressemble à un fou...

C’était un poète puissant, un guerrier oublié puisant sa force dans ses racines et son inspiration dans sa terre martiniquaise. Il fut  un communiant des spiritualités d’une mémoire oubliée, le restituteur des chants du morne. L’homme chantant, je t’aime la vie, aimait la vie avec la santé, la vie avec la liberté, la vie sans vanité, le 21 septembre 1991, Eugène Mona empruntait les chemins de la mort, il quittait les chemins de la vie d’une congestion cérébrale.